L’image des rugbymen arborant des oreilles déformées, souvent comparées à des choux-fleurs, est devenue un symbole emblématique de ce sport de contact intense. En 2026, ce phénomène reste fréquent, notamment chez les joueurs de première et deuxième lignes, qui subissent des chocs répétés lors des mêlées, plaquages et rucks.
Ces traumatismes mécaniques engendrent des lésions spécifiques du pavillon de l’oreille, conduisant à une déformation progressive connue sous le nom d’othématome. Ce n’est pas une simple question d’esthétique, mais une pathologie bien réelle, causée par une accumulation de sang entre le cartilage et la peau.
Bien que souvent perçue comme un signe de bravoure ou d’engagement total, cette condition peut entraîner des douleurs, des complications infectieuses et parfois des séquelles durables. Le traitement préventif et curatif est aujourd’hui mieux maîtrisé, mais la culture du sport pousse parfois à la négligence.
Certains jeunes, influencés par les réseaux sociaux, cherchent même à imiter artificiellement cet aspect, sans en connaître les risques. Il est donc essentiel de comprendre les mécanismes physiopathologiques, les moyens de prévention, les options thérapeutiques et les implications sociales de cette particularité physique.
Les causes mécaniques derrière la déformation du pavillon
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Quel poste de rugby est le plus exposé aux traumatismes auriculaires?
Les chocs répétés lors des phases de contact sont à l’origine directe des lésions auriculaires observées chez les rugbymen. Lors d’une mêlée, les joueurs de première ligne s’engagent tête baissée, exposant leurs oreilles à des pressions latérales et des frottements prolongés contre les équipements ou les adversaires.
Ces contraintes mécaniques provoquent des microdéchirures du périchondre, la membrane fine qui entoure le cartilage du pavillon. En cas de rupture vasculaire, un hématome se forme entre le cartilage et le périchondre.
Le cartilage, dépourvu de vaisseaux sanguins, dépend entièrement du périchondre pour sa nutrition. Lorsque ce dernier est séparé par un hématome, le cartilage est privé d’oxygène et de nutriments. Il commence alors à se nécroser, c’est-à-dire à mourir.
À la cicatrisation, le tissu se reforme de manière anarchique, créant des reliefs irréguliers qui donnent à l’oreille son aspect caractéristique de chou-fleur. Ce processus peut se reproduire à chaque nouvel épisode traumatique, accentuant la déformation.
Le rôle de l’othématome et de la périchondrite dans l’évolution de la lésion
Un othématome est un hématome localisé du pavillon de l’oreille, résultant d’un traumatisme fermé. Il se manifeste par une tuméfaction douloureuse, rouge et chaude. Si ce saignement n’est pas évacué dans les 24 à 48 heures suivant le choc, il s’organise en un tissu fibreux qui remplace progressivement le cartilage.
Ce remplacement entraîne une déformation permanente.
Un autre risque, souvent sous-estimé, est la survenue d’une périchondrite, une infection du périchondre. Elle peut survenir en cas de plaie cutanée ou de manipulation inadéquate de l’hématome. Cette inflammation bactérienne accélère la destruction du cartilage et peut conduire à une nécrose étendue.
Elle nécessite un traitement antibiotique urgent et parfois chirurgical. À ce stade, la reconstruction est beaucoup plus complexe, voire impossible. Sachez que les joueurs professionnels, mieux encadrés médicalement, bénéficient souvent d’une prise en charge rapide. En revanche, dans les clubs amateurs, le retard de traitement est fréquent, soit par minimisation de la douleur, soit par absence de personnel médical sur place. C’est dans ces contextes que les complications deviennent la norme plutôt que l’exception.
Les impacts sur la santé et la qualité de vie des joueurs
La douleur immédiate après un traumatisme auriculaire peut être intense. Ugo Boniface, pilier de l’équipe de France en 2026, décrivait cette sensation comme un «battement constant dans l’oreille, comme si tout le cœur s’y était déplacé». Le simple contact avec un casque audio ou le positionnement sur l’oreiller devient insupportable.
Dans les jours suivants, l’inconfort persiste, limitant les activités quotidiennes.
Contrairement à une idée reçue, une oreille en chou-fleur ne compromet généralement pas l’audition. Le conduit auditif externe reste fonctionnel. Toutefois, en cas d’hématome étendu ou de périchondrite sévère, une obstruction partielle ou une atteinte du tympan peut survenir, entraînant une baisse temporaire de l’acuité auditive.
Ces situations restent rares mais justifient une surveillance médicale.
Sur le plan psychologique, les réactions sont contrastées. Pour certains, ces oreilles déformées sont un symbole d’appartenance, une preuve de courage. Henri Refuto, ancien joueur de Montpellier, y voyait «la preuve ultime du combat».
Pour d’autres, c’est une gêne esthétique, surtout chez les jeunes joueurs qui souhaiteraient corriger cette déformation après leur carrière.
Les méthodes de prévention adoptées en 2026
La prévention est devenue une priorité dans les académies de rugby. Le port du casque de protection, autrefois réservé aux blessés, est désormais courant, notamment chez les jeunes joueurs. Ces équipements, conçus avec des mousses enveloppantes, amortissent les chocs et réduisent les frottements.
En 2026, plusieurs fédérations nationales, dont celles des États-Unis et du Japon, ont rendu son usage obligatoire en compétition pour les catégories jeunes.
D’autres gestes simples sont préconisés: l’application de vaseline sur les oreilles avant un match réduit la friction. Certains joueurs utilisent des bandeaux rembourrés, moins visibles mais efficaces pour les zones latérales. L’entraînement technique, visant à améliorer la posture en mêlée, limite également l’exposition des oreilles.
Malgré ces avancées, une tendance inquiétante émerge sur les réseaux sociaux: des tutoriels incitent à reproduire artificiellement l’aspect d’oreille en chou-fleur, par compression prolongée ou traumatismes volontaires. Ces pratiques, sans encadrement médical, multiplient les risques d’infection, de perte auditive ou de déformation irréversible. Les autorités sanitaires ont lancé des campagnes de sensibilisation, comme celle menée par le Ministère de la Santé français en mars 2025.
Les options de traitement: du drainage à la chirurgie
Calculez le risque d’othématome selon votre pratique
Évaluez votre exposition aux traumatismes auriculaires en fonction de votre fréquence de jeu et de votre poste.
Niveau de risque:
Le traitement de première intention d’un othématome est la ponction. Réalisée sous anesthésie locale, elle consiste à évacuer le sang accumulé à l’aide d’une aiguille et d’une seringue.
Cette procédure, fréquente dans les équipes professionnelles, doit être effectuée rapidement, idéalement dans les 24 heures suivant le traumatisme. Une compression post-ponction, avec un pansement compressif, est appliquée pour éviter la récidive.
En cas d’échec ou de déformation installée, la chirurgie est envisagée. Elle consiste à retirer le tissu fibreux et à remodeler le cartilage. Cependant, les résultats esthétiques sont souvent imparfaits. Au passage, le cartilage déformé est difficile à redresser, et le risque de récidive ou d’infection postopératoire est réel. Le Dr Nicolas Durand, ORL, souligne que «la chirurgie est globalement peu satisfaisante», ce qui la réserve aux cas fonctionnels ou très invalidants sur le plan psychologique.
L’oreille en chou-fleur dans d’autres sports de contact
Le phénomène n’est pas exclusif au rugby. Il est également fréquent chez les lutteurs, les boxeurs, les pratiquants de jiu-jitsu brésilien et de judo. Les mécanismes lésionnels sont similaires: pression, torsion et frottements répétés du pavillon.
Aux États-Unis, le port du casque est obligatoire en lutte universitaire, ce qui a permis de réduire significativement l’incidence de l’othématome.
D’autres causes moins communes existent. La polychondrite atrophiante, une maladie auto-immune rare, peut provoquer une déformation similaire, mais elle touche généralement les deux oreilles de manière symétrique et s’accompagne d’autres symptômes (douleurs articulaires, inflammations oculaires). Le pseudokyste du pavillon, une affection idiopathique, provoque une tuméfaction kystique sans traumatisme préalable, principalement chez les hommes de 20 à 40 ans.
En 2026, la prise de conscience médicale et la prévention gagnent du terrain. Les équipements évoluent, les protocoles de soins se standardisent, et les campagnes d’éducation sanitaire se multiplient. L’objectif n’est pas d’éliminer l’engagement physique, mais de préserver la santé des athlètes au-delà de leur carrière.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un hématome et un othématome?
Un hématome est un épanchement de sang dans un tissu, tandis qu’un othématome est un hématome spécifique du pavillon de l’oreille, entre le cartilage et le périchondre.
Peut-on inverser une oreille en chou-fleur sans chirurgie?
Non. Une fois le cartilage déformé et cicatrisé, la correction nécessite une intervention chirurgicale. La ponction n’est efficace que sur un hématome récent.
Le port du casque de protection est-il obligatoire en rugby?
Pas à tous les niveaux. Il est fortement recommandé, surtout pour les avants, mais son usage reste facultatif en compétition senior. Il est en revanche obligatoire dans certaines fédérations pour les jeunes.
Existe-t-il des complications à long terme?
Oui, notamment des infections récidivantes, des douleurs chroniques, ou des troubles psychologiques liés à l’image corporelle. La perte auditive est rare mais possible en cas de complication sévère.
Pourquoi certains joueurs cherchent-ils à avoir des oreilles en chou-fleur?
Pour certains, c’est un symbole d’appartenance, de courage et d’expérience. Cette culture du «badge de combat» est ancrée dans l’identité des avants, bien que de plus en plus remise en question pour des raisons de santé.
Quel est le délai idéal pour ponctionner un hématome auriculaire?
Le traitement doit être réalisé dans les 24 à 48 heures suivant le traumatisme pour être efficace. Passé ce délai, le sang s’organise et la déformation devient permanente.
Est-ce que toutes les personnes pratiquant le rugby développent cette déformation?
Non. L’exposition dépend du poste, de la fréquence des matchs, de la morphologie des oreilles et des mesures de prévention adoptées. Les joueurs de première ligne sont les plus touchés.
Les oreilles en chou-fleur peuvent-elles réapparaître après une chirurgie?
Oui, surtout si la pratique du sport reprend sans protection. Le risque de récidive est réel, d’autant que le cartilage opéré est plus fragile.
Le pseudokyste du pavillon est-il douloureux?
Généralement non. Il s’agit d’une tuméfaction indolore, souvent découverte par hasard. Il nécessite toutefois un avis médical pour confirmation du diagnostic.